Rajan Hoole
“C'est par la reconnaissance des échecs collectifs de l’histoire de plusieurs Etats-nations que les normes et les mesures internationales relatives aux questions de la justice ont été établies (sans que rien ne semble nous viser). Si nous admettons que le futur de cette planète est tributaire de notre responsabilité collective, nous devrions avoir le courage et la sagesse d'utiliser les mécanismes internationaux pour notre propre bien. Les abus xénophobes ne feraient que nous mener à notre propre perte".
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Rajan Hoole est un défenseur des droits de l'homme sri lankais originaire de Jaffna, ville tamoule au nord du Sri Lanka. Co-fondateur des Professeurs d'université pour les droits de l'homme (UTHR), il est reconnu à travers toute la communauté internationale pour avoir documenté en toute objectivité les violations des droits de l'homme au Sri Lanka.
Juste avant que la guerre civile du Sri Lanka n'éclate en 1983, ce mathématicien formé à Oxford était professeur et pianiste à Jaffna.
A la fin des années 1980, alors que le nombre de victimes de massacres et de violations des droits de l'homme était en nette augmentation, Hoole a décidé de rejoindre l'UTHR à Jaffna qui comptait déjà 300 membres.
L'UTHR, fondée en 1988, a commencé à publier des rapports sur les violations des droits de l'homme à l'université de Jaffna. L'une de leurs missions était de "combattre la terreur dans laquelle vivait la communauté tamoule à la fois sur les plans externe et interne, tout en luttant contre l’impunité des responsables des violations.” Il s’agissait aussi de “créer un espace de dialogue qui puisse rendre les sphères sociale et politique plus humaines en les reliant à la vie communautaire”.
Hoole et Kopalasingham Sritharan, co-fondateur de l'UTHR, ont commencé à écrire des rapports contenant des informations sur les violations des droits de l'homme commises par les forces gouvernementales sri lankaises, la Force indienne de maintien de la paix (IPFK) et les Tigres de libération de l'Ilam tamoul (LTTE).
L'UTHR a néanmoins été la cible de menaces de la part de toutes les parties au conflit: Dr. Rajani Thirangama, également fondatrice de l'UTHR, a fini par être assassinée en 1989 un jour à peine après que le premier ministre de l’Inde, V.P. Singh a annoncé le retrait de l’IPFK du Sri Lanka. Elle avait accusé la LTTE, la IPFK et le gouvernement sri lankais d'avoir été impliqués dans des violations des droits de l'homme contre des civils innocents tamouls. L'assassinat de Thirangama, qui aurait été commandité par des membres des LTTE, a créé un choc dans les rangs de l'UTHR. Plusieurs membres ont même décidé d'abandonner leur lutte. Mais cet événement a eu l'effet inverse chez Hoole.
Craignant pour leurs vies suite à l'assassinat de Thirangama, Hoole et Sritharan ont fui Jaffna mais ont continué à enquêter dans la clandestinité sur les violations des droits de l'homme dont était victime la communauté tamoule.
Après le retrait complet de l'IPFK en 1990, les LTTE ont pris le contrôle de Jaffna. Selon le rapport Rays of Hope Amidst Deepening Gloom (Lueurs d’espoir dans l’obscurité grandissante) écrit par l’UTHR, ils ont “sécurisé” la zone et ont “supprimé délibérément les dissensions internes en détenant illégalement les opposants, en les torturant et en les exécutant.”
Refusant de se taire et d'arrêter de dénoncer les violations, ils n'ont jamais pu retourner chez eux.
Pendant plus de dix ans et au grand péril de leurs vies, Hoole et Sritharan ont continué inlassablement à rassembler des informations sur les violations des droits de l'homme commises par toutes les parties au conflit. Selon les estimations de l'ONU, le nombre total d’exécutions serait compris entre 80 000 et 100 000.
L'UTHR a participé à des enquêtes internationales comme "Trinco 5” sur l'attentat de Mullaitivu, attentat où cinquante-et-un femmes et enfants ont été tués et dix-sept travailleurs humanitaires exécutés.
Hoole est l'auteur de Sri Lanka: The Arrogance of Power: Myths, Decadence & Murder (Sri Lanka, L'arrogance du pouvoir: mythes, décadence et assassinat), un recueil historique de cinq cents quatre pages sur le conflit au Sri Lanka.
En 2007, Hoole et Sritharan ont reçu le Prix Martin Ennals pour s’être consacrés pendant vingt ans à la défense des droits de l'homme au Sri Lanka.
Hans Thoolen, président de la Fondation Martin Ennals, décrit les lauréats comme des "symboles du mouvement des droits de l'homme.” Et d’ajouter: “Ils se sont élevés pour les droits de l'homme et la démocratie alors que c'était une activité dangereuse". Hoole décrit son travail comme une activité nécessaire pour ne pas perdre la raison. "On ne pense pas trop à la situation", dit-il, "on prend nos précautions, tout ça devient une routine, mais on ne pense pas au-delà". Hoole et Sritharan ont réalisé que s’ils avaient vécu dans la peur et la paranoïa, "ils n'auraient jamais pu accomplir tout ce qu'ils ont fait."
Rajan Hoole et Sritharan continuent de réunir des informations sur les violations des droits de l’homme et de publier des rapports toujours dans le cadre de leur travail pour l'UTHR.
Défenseur des droits de l'homme tamoul, Kopalasingham Sritharan a cofondé avec Rajan Hoole l’organisation Professeurs universitaires pour les droits de l'homme (UTHR) à l'université de Jaffna en 1988.
Sritharan et Rajan Hoole ont créé l'UTHR dans le but de documenter les violations des droits de l'homme perpétrées depuis le début de la guerre civile du Sri Lanka en 1983, un conflit souvent perçu à tort comme une lutte opposant la minorité tamoule au nord et la majorité cinghalaise au sud.
Tous deux ont passé des dizaines d’années à recueillir des informations sur les violations des droits de l'homme au Sri Lanka. Après avoir été la cible d'attaques de la part des Tigres de libération de l'Ilam tamoul (LTTE) et du gouvernement sri lankais pour avoir publié leurs premiers rapports, ils ont dû quitter le pays et continuer leur combat à l'étranger.
The Broken Palmyra, l'un des premiers rapports de Sritharan, co-écrit avec Hoole et Daya Somasundaram, est un récit fondateur contenant des informations sur les violations des droits de l'homme commises par le LTTE, les forces gouvernementales sri lankaises et la Force indienne de maintien de la paix (IPKF).
Les membres de l'UTHR ont été la cible de menaces et d'attaques quelques temps après que leur rapport est tombé entre les mains de la LTTE. L'un des fondateurs de l’organisation a même été assassiné en 1989.
Une année plus tard, Sritharan a décidé de partir. Il s'est caché dans un camion transportant des oignons en direction de Jaffna. Il n'est jamais revenu.
Sritharan et Hoole ont continué à documenter les violations des droits de l'homme au Sri Lanka mais clandestinement et à l'étranger. Selon leurs estimations, le nombre total d'exécutions entre 1983 et 2009 commises dans le cadre du conflit au Sri Lanka est compris entre 80 000 et 100000.
Selon Sritharan, tous ces problèmes sont essentiellement de nature politique.
"Il n y a pas de haine entre ces deux communautés", dit-il, "En fait, le système politique cinghalais n’inspire tout simplement pas confiance aux Tamouls et il en est de même pour les Cinghalais par rapport à l’organisation politique des Tamouls.” Hormis ces désaccords de nature politique, "les Tamouls et les Cinghalais vivent ensemble, se marient entre eux. Il n y a aucun sentiment de haine entre les deux communautés", ajoute-t-il.
Malgré les nombreuses menaces de mort qu'il a reçues tout au long de ces années, Sritharan ne s'est jamais tu et a continué à dénoncer les violations des droits de l'homme.
"Les droits de l'homme ne sont pas une arme stratégique comme peuvent l’être les lois. Il s'agit là de dignité humaine.", affirme Sritharan.
Sritharan et Hoole ont reçu le Prix Martin Ennals en 2007 en reconnaissance de tous leurs efforts inlassables et des sacrifices qu'ils ont dû faire tout au long de ces années dans leur lutte pour la défense des droits de l'homme.
Sritharan habite aujourd'hui à Toronto, au Canada. Il y mène une existence paisible comparée à toutes ces années de clandestinité. Son combat a davantage pris l'allure de la "normalité".
Sritharan continue de proposer des solutions à la communauté tamoule pour l’aider à gagner son autonomie et n'a cessé d'écrire des rapports pour exhorter le LTTE et le gouvernement à rendre compte de leurs agissements.
Selon Sritharan, le pays ne peut s'engager sur la voie de la réconciliation qu'une fois que "les Tamouls pourront, s'ils le veulent, travailler avec le gouvernement et le critiquer sans risquer d’être tués."

Pierre Claver Mbonimpa
“Si un malheur dont vous ne voulez pas s’abat sur vous, ne le faites pas subir aux autres.”
Pierre Claver Mbonimpa est un militant des droits de l'homme burundais reconnu pour avoir défendu les droits des prisonniers et pour son combat contre la torture.
En décembre 1994, alors officier de police au Burundi, Mbonimpa a été arrêté et condamné à deux ans d'emprisonnement sur la base de fausses accusations.
Les deux années de tortures qu’on lui a infligées en détention l’ont profondément affecté. Aussi, à sa sortie de prison, il a décidé de créer l'Association burundaise pour la protection des droits de l'homme et des personnes détenues (APRODH).
L'APRODH réunit des informations et dénonce les violations des droits de l'homme comme la torture, les violences sexuelles, et la violence contre les femmes.
Pendant des années, l'APRODH a fait campagne pour les prisonniers en attente de leur procès dans les geôles surpeuplées du Burundi. Selon Mbonimpa, le taux de surpopulation carcérale s'élève à 300 % au Burundi, chiffre qu'il qualifie de "déplorable".
L'APRODH a des liens très forts avec les communautés locales et apporte une assistance juridique et sociale aux victimes des violations des droits de l'homme.
Mbonimpa et son organisation se sont surtout attachés à dénoncer la pratique de la torture. Pendant des années, l'APRODH a systématiquement porté plainte au nom des victimes contre leurs tortionnaires. Entre 1994, année où l’organisation a commencé son travail, et 2010, la pratique de la torture au Burundi a diminué de 90%.
Plusieurs officiers haut-gradés de la police et de l'armée coupables d'actes de tortures sont actuellement en prison.
Mbonimpa déclare: "C'est la première fois dans l'histoire du Burundi qu'un colonel a été emprisonné pour les actes de tortures qu'il a commis."
Il s'est rendu dans certaines prisons burundaises afin de recueillir des informations sur des cas de torture directement auprès des gardiens de prison. Son organisation est aujourd’hui tellement respectée que toutes les prisons burundaises lui sont ouvertes.
Malgré les menaces de mort qu'il a reçues pendant des années, Mbonimpa continue de critiquer le gouvernement et de dénoncer des fonctionnaires publics impliqués dans des violations des droits de l'homme.
Mbonimpa a reçu le Prix Martin Ennals en 2007. Quelques temps après, on lui a demandé de parler au nom de toutes les ONG des droits de l'homme devant le Conseil des droits de l'homme afin de convaincre l'ONU de s’engager à suivre de près la situation au Burundi.
Mbonimpa croit fermement que c'est l'élite politique qui a, depuis l'indépendance du Burundi en 1962, manipulé une population sans éducation et illettrée pour qu'elle croit aux antagonismes entre les communautés Hutu, Tutsi et Twa.
"Le problème qui empoisonne le pays", déclare Mbonimpa lors d'un discours prononcé à l'occasion du Forum de la liberté d'Oslo en 2010, "ce n'est pas l'ethnicité mais la politique."